Notre vision est de maintenir la compétitivité du café haïtien sur les marchés mondiaux tout en conservant l’écosystème lié à la culture

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DOCUMENT ETAT DES LIEUX DE LA FILIERE CAFE D'HAÏTI

  

DECEMBRE 2015

PREAMBULE.

 

La filière café d'Haïti déclarée, par le Ministère de l'Agriculture en 2001, stratégique pour l'économie et la conservation des écosystèmes  humides et semi humides fait face à de grandes difficultés. Les signaux sont au rouge notamment au niveau de la production. Les périodes de sécheresses de l'exercice 2014-2015 on eu un impact négatif sur le verger caféier déjà fragilisé par la rouille orangée (Hemileia vastatrix).

Les complaintes proviennent de tous les acteurs. La récolte a été désastreuse au niveau des différentes régions, de plus le pourcentage de grains faux a été le plus élevé, du fait du taux important de chute prématurée des feuilles et de la sècheresse ambiante. Tout laisse a croire que pour l'exercice 2015-2016 les coopératives et les exportateurs traditionnels auront des difficultés auront des difficultés pour honorer même a 25% les contrats en cours. D'autre part la consommation nationale va être très affectée puisque, plus de 50% de la production est consommée localement.

L'exécution du plan de relance de la filière café adoptée par les principales parties prenantes de la Filière café est un élément de réponse aux contraintes que connait la filière depuis plus d'une dizaine d'années, mais le nouveau contexte d'infestation des plantations par la rouille orangée et la  sècheresse, vient aggraver  la situation. Pour assurer une continuité dans les actions et permettre aux principaux acteurs de faire face à la crise, il y a lieu de prendre des mesures exceptionnelles permettant une relance effective de la filière. L'état d'urgence pour donner une réponse appropriée a la dimension des pertes encourus par les principaux acteurs est donc une impérative de l'Heure. Car le sous-secteur n'a pas la capacité de se relever de façon autonome.

Ce document présente une photographie de la filière réalisée par l'INCAH au cours de l'année 2014 et renforcé par les derniers rapports de la situation de la filière pour l'exercice 2014-2015.

CONTEXTE

En dépit du fait que café à l’exportation ait, jusqu’au début des années 80, fait l’objet de prélèvements de taxes qui ont contribué à financer les emprunts et le fonctionnement de l’Etat haïtien,  la filière café n’a bénéficié en retour d’aucune politique d’investissement et de développement à l’époque. Au cours des deux (2) décennies suivantes, la filière a connu un déclin progressif avec le retrait du circuit de la plupart des exportateurs traditionnels. Toutefois quelques éclaircies notables pouvaient être décelées à travers par les réseaux de coopératives caféières, qui malgré leurs faiblesses internes, ont pu travailler sur la qualité du produit et aider à replacer le pays sur la cartographie caféière mondiale. 

Lors de l’atelier national organisé sur le café par le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural en septembre 1999 à Port-au-Prince, il se posait déjà l’idée d’une relance énergique de la filière ; idée reprise et amplifiée au cours du premier symposium sur le café organisé à Thiotte en juin 2010. Après le séisme de janvier 2010, le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) avec le support de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture), de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) et de la Banque Mondiale (BM), a formulé le Plan National d’Investissement Agricole (PNIA). Mis en place en juillet de la même année, ce plan est chiffré à près de 700 millions de dollars (dont 4,5 millions provenant des fonds publics) reste cependant  indécis sur l’appui aux filières, notamment le café qui ne bénéficie d’aucun financement rationnel.

Créé par arrêté présidentiel, en février 2003, l’Institut National du Café d’Haïti (INCAH) est un organisme autonome placé sous la tutelle du MARNDR dont la mission principale est  de veiller à la mise en œuvre et au respect de la politique caféière nationale définie par le Gouvernement. Le Fonds National de Café (FONACAFÉ) associé à l'institut dès sa création à titre de principal outil financier de la filière, et dont l’objet est de subventionner des investissements sociaux, et des investissements productifs (acquisition d’équipements et infrastructures destinés à améliorer la qualité du café est toujours en hibernation. Avec l’appui de la BID, l’INCAH s’est doté en 2011 d’un Cadre stratégique de développement de la filière café comportant cinq (5) axes principaux: la production, la qualité, la commercialisation, la gouvernance et le financement. Son coût est estimé à 22,8 millions de dollars sur cinq ans. Mais a date aucune avancée n'a été fait pour un investissement réel et les mesures devant permettre de commencer a rénover les anciennes plantations se font encore attendre.

Les nouvelles évolutions au niveau de la filière, notamment l’impérieuse nécessité de s’attaquer à la rouille orangée devenue une priorité nationale, ont porté les décideurs de la filière à penser des perspectives plus larges à travers un plan de relance globale sur la base du cadre stratégique de l’INCAH.  Le 18 juillet 2013, les parties prenantes de la filière café (Etat, Organisations de Producteurs, Bailleurs de Fonds bilatéraux et multilatéraux, torréfacteurs, Exportateurs, ONG d’appui) ont pris la résolution d’œuvrer à l’établissement d’un plan d’action contre la rouille et de relance de la filière café dont le principe avait été adopté par le Ministère de l’Agriculture des ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR).

 La question maintenant à se poser comment se porte vraiment la filière café d'Haïti?

I.- POSITION D’HAITI SUR LA CARTE MONDIALE DU CAFÉ

Le café, culture pérenne, est le premier produit agricole échangé en volume dans le monde. Il serait aussi, mais tous les spécialistes ne s’accordent de pas là-dessus, le deuxième en valeur derrière le pétrole. Les échanges mondiaux de café représentent entre 10 et 15 milliards de dollars selon les années[ La production fait vivre environ 25 millions de personnes, essentiellement des petits producteurs alors que l’importation, la transformation et la distribution font vivre environ 100 à 110 millions de personnes.  [

La production mondiale de café a fortement progressé depuis près de deux siècles. Elle est réalisée à plus de 95% par une cinquantaine de pays. De moins de 5 millions de sacs de café produit en 1852, la production a été multipliée par 26 atteignant plus de 130 millions de sacs produits en 2011. Cette production dépasse les 100 millions de sacs depuis plusieurs années ; elle a été supérieure à 134 millions en 2012 selon les données statistiques provisoires de l’Organisation Internationale du Café (OIC). La production ne cesse d'augmenter ; elle a progressé de 20 % entre 2005 et 2011, soit deux fois plus vite que la demande. Au même moment, plus de 100 millions de sacs sont exportés chaque année : 104 millions en 2011 et 113  millions en 2012.

Le plus gros producteur est de loin le Brésil, suivi par le Viêt Nam (le plus important producteur de Robusta actuel alors qu’il n’était que le 31ème  en 1987), l’Indonésie et la Colombie. La part respective de ces quatre pays dans la production mondiale représente depuis plusieurs années plus de 60% de la production mondiale de café atteignant jusqu'à 85 millions de sacs de café environ en 2011. Ce sont aussi les plus grands exportateurs, la Colombie se trouvant en troisième position devant l’Indonésie quatrième en 2011.

 

TABLEAU 1 : EXPORTATIONS MODIALES DE CAFÉ PAR PAYS EN 2011

 

   EXPORTATIONS DIFFÉRENTS TYPES DE CAFÉ VERS TOUTES LES  DESTINATIONS EN 2011

CLASSEMENT PAR PAYS D’EXPORTATION

ELABORATION PROPRE D’APRÈS SOURCES OIC

Rang

Pays Exportateurs

Milliers Sacs 60 kg

Part d'Exportation

1

Brésil

33,508

32.041%

2

Vietnam

17,675

16.901%

3

Colombie

7,734

7.395%

4

Indonésie

6,159

5.889%

5

Inde

5,840

5.584%

6

Pérou

4,697

4.491%

7

Honduras

3,947

3.774%

8

Guatemala

3,697

3.535%

9

Ouganda

3,142

3.004%

10

Mexique

2,907

2.780%

11

Ethiopie

2,675

2.558%

12

Salvador

1,826

1.746%

13

Equateur

1,532

1.465%

14

Nicaragua

1,468

1.404%

15

Costa Rica

1,243

1.189%

16

Papouasie  Nouvelle Guinée

1,225

1.171%

17

Tanzanie

798

0.763%

18

Côte d'Ivoire

772

0.738%

19

Kenya

617

0.590%

20

Cameroune

477

0.456%

21

Laos

417

0.399%

22

Guinée

385

0.368%

23

Rwanda

276

0.264%

24

Thailande

243

0.232%

25

Burundi

218

0.208%

26

Togo

155

0.148%

27

Ghana

147

0.141%

28

Madagascar

144

0.138%

29

Congo RDC

132

0.126%

30

République Dominicaine

89

0.085%

31

République Centre Africaine

78

0.075%

32

Bolivie

74

0.071%

33

Panama

53

0.051%

34

Timor Oriental

39

0.037%

35

Sierra Leone

37

0.035%

36

Yémen

35

0.033%

37

Malawi

26

0.025%

38

Jamaïque

16

0.015%

39

Cuba

10

0.010%

40

Philippines

10

0.010%

41

Haïti

9

0.009%

42

Zambie

9

0.009%

43

Angola

8

0.008%

44

Libéria

8

0.008%

45

Nigéria

7

0.007%

46

Zimbabwe

5

0.005%

47

Népal

4

0.004%

48

Sri Lanka

2

0.002%

49

Gabon

1

0.001%

50

Guyane

1

0.001%

51

Trinidad & Tobago

1

0.001%

52

Bénin

0

0.000%

53

Congo

0

0.000%

54

Guinée Equatoriale

0

0.000%

55

Paraguay

0

0.000%

56

Vénézuela

0

0.000%

TOTAL

104,578

100.000%


Dans ce marché gigantesque, Haïti, qui du temps de la colonie de Saint Domingue, était parvenu au premier rang des producteurs mondiaux de café,  a connu un net recul tant sur le plan de la production qu’au niveau des exportations. En effet, en 2011 le pays occupe la 28ème place en tant que pays producteur sur 56 pays répertoriés à travers le monde dans la liste de l’Organisation Internationale du Café (OIC[1]) représentant une production marginale de 0,262%.  Parallèlement, Haïti est relégué à la 41ème place mondiale en matière d’exportation avec seulement 9,000 sacs de café exportés officiellement au cours de la même année.  Avec Au niveau de l’Amérique Latine et des Caraïbes, pour la même période, Haïti est le l3ème producteur sur 20 pays de la région et le 16ème en termes d’exportation.      



[1]Les statistiques de l’OIC sont basées sur un mode déclaratif Contrairement à celles de la FAO (Food Agriculture Organization) établies sur un monde évaluatif.    Ces données sont cependant suivies mensuellement par l'OIC et recoupées entre elles, ce qui fait de l'Organisation la réelle source de référence reconnue pour les marchés internationaux


                                   GRAPHE 1 : EXPORTATIONS DE CAFÉ DES PAYS ALC




1.1. Données historiques

Haïti a toujours été un pays exportateur de café depuis l’introduction de cette culture sur le territoire au moment de la colonisation française de Saint-Domingue en 1726 jusqu'à nos jours. Le café haïtien a connu son apogée sous la colonie en 1790 lorsque Saint-Domingue s’est hissée au rang de premier pays exportateur mondial de cette denrée. L’Histoire relate que les exportations sont passées de 53,000 sacs de 60 kg en 1755 à 580,000 sacs en 1789. Les taxes prélevées sur le café à l’exportation ont même contribué au paiement de la dette de l’indépendance ou au financement de la construction du parc industriel de Port-au-Prince (SONAPI) dans les années 70. Les exportations avoisinaient les 500,000 sacs entre 1850 et 1880 après l’indépendance. Près de 100 ans plus tard, soit entre 1987 et 2000, les exportations caféières ont chuté considérablement, passant à 196,404 sacs en moyenne. En 1987, le café représentait 18% des exportations nationales. Le secteur a, néanmoins connu un déclin sans précédent en un quart de siècle, où les exportations formelles sont passées de 412 189 sacs à 31 438 sacs de 1984 à 2004 en volume, et en valeur elles se sont contractées de plus de 90 millions de dollars américains en 1980 à moins de 10 millions trente ans plus tard en 2010. Pour l'exercice 2013-2014, les exportations de café vert restent marginales suites a l'épidémie de rouille qui infestent les plantations. Malgré ce déclin et ces soubresauts, le café reste un produit stratégique pour le pays sur le plan écologique, économique et social, car il protège notre environnement montagneux en dégradation, continue tant bien que mal d’apporter des devises au pays et joue un rôle de stabilité sociale à travers la nombreuse main-d’œuvre saisonnière qu’il engage.

 

1.2. Fiche technique de la filière café

«Les chiffres avancés sont de grossières estimations[1]». Mais elles donnent une idée de l'Etat de la situation.

 

 

 

TABLEAU 2. FICHE TECHNIQUE FILIÈRE CAFÉ EN HAITI

 

FILIÈRE CAFÉ EN HAITI

Surfaces totale

97,000 ha

Production annuelle

363,750 sacs de 60 kg

Rendement national moyen

225 kg/ha

Taille exploitation agricole caféière

85% < 2 ha ; 7 ha ≤ 15% ≤ 10 ha

Consommation domestique : (65%)

     Entreprises familiales artisanales et autoconsommation : (59%)

     Torréfacteurs industriels (6%)     

236,437.5 sacs de 60 kg

Exportations (en volume) : 35%

    Vers République Dominicaine (informelle) : (28%)

    Traditionnelles : (5%)

    Secteur coopératif : (2%)

149,137.5 sacs de 60 kg

Exportations (en valeur)

Moins de 10 millions USD

Producteurs

≤ 200,000

Réseaux de coopératives 

7 ₌ 40,000 producteurs individuels

Exportateurs traditionnels

4

Torréfacteurs industriels


 

II. Production du café vert

2.1.- La production et la qualité

Le potentiel de production du café  d’Haïti est manifeste avec des terroirs différents dans des chaînes montagneuses se situant aux altitudes allant de 400 à 1700 m et une pluviométrie annuelle allant jusqu'à 2500 mm. La production du café a une fonction environnementale  qui contribue à la protection des ressources, à la régulation du cycle de l’eau et protège le sol de l’érosion hydrique.  

2.1.1.- La superficie caféière

La superficie plantée en café en Haïti serait de 171.000 ha en 1950. Il serait passé à 135,000 ha  en 1958. Selon les estimations, il serait seulement de 97,500 ha en 1998[2], soit une perte de 37,500 ha en valeur absolue équivalent à une réduction de 27% de la superficie sur 40 ans et une décroissance annuelle d’environ 1% sur 50 ans.

Le café est cultivé au niveau des dix (10) départements  géographiques du pays et dans la grande majorité des communes (au total 78 sur 140). La variété Arabica Typica recouvre environ 80% des surfaces emblavées.

 


 

[1]SAINT DIC, R. et RAMOS, E. (2009), Diagnostic technico-économique des usines alternatives de traitement du café d'Haïti pour l'exportation. INCAH- PACCHA

[2]OXFAM-GB (Mars 2007), citant les travaux du CNIGS (2007) à partir de photos aériennes 1998 

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 Source BID, 2006 : Restauration de la compétitivité du secteur du café en Haïti.

Les principaux bassins de production sont indiscutablement le Sud-Est (Thiotte/Belle Anse région à laquelle on pourrait attachée une partie du massif de La Selle donnant sur le département de l’Ouest), la Grand‘Anse (Beaumont, Pestel, Corail, Roseaux, Jérémie) le Bas Plateau Central (Baptiste/Savanette), le Nord (Plaisance, Pilate, Dondon) Nord-est (Valière, Carice). L’artibonite avec Les Cahos et Marmelade reste une zone déclinante et le Nord-Ouest en queue de peloton est totalement marginal.

Le tableau suivant présente les zones à forte potentialité caféière. Le graphique qui suit ainsi que la carte ci-dessus donnent une idée de la répartition de la culture à travers le territoire national.  

TABLEAU 3 : ZONES DU PAYS A FORTE POTENTIALITE CAFEIERE

 

Départements

Communes

Zones à forte potentialité caféière

Grande Anse

Beaumont, Pestel, Corail, Roseaux, Jérémie

Sud

Tiburon, Les Anglais, Rendel

Sud-est

Thiotte, Belle Anse, Marigot

Centre

Artibonite

Baptiste, Savanette

Les Cahos

Zones potentialité caféière moyenne

Nord

Dondon, Plaisance, Pilate, Borgne, Grande Rivière du Nord, Bahon

Nord-Ouest

Saint-Louis du Nord, Port de paix, Anse à Foleur

Artibonite

Marmelade

Nord-Est

Sainte Suzanne, Vallière, Carice, Mont Organisé

Grande Anse

L’Asile, Baradères

 

Source : APROMA, 1996

 

GRAPHE  3: SURFACE CAFÉIÈRE PAR DÉPARTEMENT EN %



 

 









                  Source  INCAH, 2009 : Répartition des superficies en café

Aujourd’hui en 2013, 15 ans après les projections de 1998, nul ne peut affirmer avec précision la surface totale plantée en café. L’édition 2012 du Recensement Général de l’Agriculture réalisé en 2008-2009, fait état d’une Superficie Agricole Utile de 14,846.60 carreaux (soient 19,152.11 ha) en termes d’occupation de sol pour la culture du café (p. 131). Cet écart important dans l’évaluation du verger caféier selon les sources mérite qu’on y consacre un recensement spécifique exhaustif afin que les décisions futures au niveau de la filière ne soient pas biaisées par des informations approximatives ou tout simplement erronées.

Variétés cultivées

L’espèce cultivée en Haïti est le Coffea Arabica. On en distingue plusieurs variétés, notamment les variétés typica, bourbon, laurina, mokka, caturra et de nombreuses variétés hybrides (Coste, 1989). Les variétés les plus cultivées en Haïti sont typica (80 % des exploitations caféières) ; caturra et autres (20% des espaces). La période de récolte s’étend du mois d’août au mois d’avril. Il convient de faire remarquer qu’avec l’apparition de la rouille, quelques interventions sont réalisées afin d’introduire des variétés résistantes à cette maladie, mais ceci reste au niveau expérimental.

 

 GRAPHE 4.  VARIÉTÉS CULTIVÉES PAR DEPARTEMENT

 Source : Wesner ANTOINE[1]

 2.1.2.-Les exploitants

 

Les producteurs de la filière café avoisinent 100 000 actuellement étant donnée le nombre de déperdition d'exploitation dues au changement climatique et aux contraintes diverses de la filière. Les coopératives caféières actives de premier degré et leurs réseaux de second degré (unions de coopératives) totalisent environ 50,000 producteurs. Mais les statistiques officielles donnent des estimations de 200 000 familles vivant du café actuellement

 

 

 

       



 

 Indépendamment de leur effectif, une étude[2] sur l’état des lieux de la filière en 2012 montre que les producteurs de café sont vieillissants. Leur âge varie de 46 à 57 ans selon les départements et l’âge moyen au niveau national est de 56 ans, par conséquent très proche de la retraite. Il s’agit d’une situation préoccupante quand on sait que, d’une part la population haïtienne présente une structure jeune avec la moitié de la population à moins de vingt et un (21) ans et d’autre part que l’espérance de vie à la naissance en Haïti estimée en 2010 est de 60,6 ans. Sans les producteurs la production est compromise.  

GRAPHE 5. AGE MOYEN DES EXPLOITANTS

 

 

 

 

 

 

 

Source : Wesner ANTOINE  INCAH 2012.

 

 2.1.3. Taille des exploitations

 

Il existe un minimum de consensus sur la taille des exploitations qui, en grande majorité (85%) varie de 0.25 ha à 2 ha. Sont considérées comme petites les exploitations jusqu'à 0,5 ha et moyennes celles qui vont de 0,5 ha à 2 ha. Les 15% de grands exploitants (7-10 ha) se rencontrent surtout dans les bassins caféiers à forte concentration comme Thiotte (Sud-Est).     

 

TABLEAU 4 : DISTRIBUTION DES EXPLOITATIONS SELON LEURS TAILLES

 

Catégorie

Superficie (ha)

Pourcentage (%)

Petits exploitants

0.25-0.50

20

Moyens exploitants

0.5-2

65

Grands exploitants

7-10

15

 

(Source: INCAH, 2009)

 2.1.4.- Systèmes de production et productivité

 

Le rendement de café à l'hectare dépend en grande partie de la variété de l'arbre planté, de son âge, des conditions climatiques, ainsi que des soins apportés au caféier tant au cours de sa culture qu'au moment de la récolte.

Le rendement moyen au niveau  national est d’environ 225 kg à l’hectare selon plusieurs sources consultées. Le rendement moyen d’un hectare au niveau mondial et de 600 kg/ha de café dans la région Amérique Latine et Caraïbes varie entre 750 et 1500 kg/ha dans les conditions agro écologiques comparables à celles d’Haïti. Néanmoins, dans les grands bassins caféiers comme Thiotte ou Baptiste, il n’est pas rare que des producteurs tirent jusqu’à 900 kg à l’hectare. Certains exploitants dégagent jusqu’à 1250 kg à l’hectare avec l’application d’un minimum de paquet technique[3]. Les rendements les plus faibles sont enregistrés dans la région du Nord, le Nord-est et sont liés  au fait de plantations plus extensives, de très faibles densités en dessous de 1000 plants à l’hectare et la vieillesse des plantations. L’âge utile d’un caféier se situe autour de 20-25 ans, encore doit-il être convenablement et régulièrement taillé et émondé pour garantir un plein rendement entre la cinquième et la vingt-cinquième année. Passé le cap des trente ans, le caféier doit être remplacé afin d’obtenir de bons niveaux de productivité.  

GRAPHE 6. Age des plantations caféières par département

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                Source : Wesner Antoine INCAH 2012.

 A travers le pays, le café est cultivé en association dans 99% des cas et seulement 1% des planteurs affirment avoir du café en monoculture (Wesner Antoine, 2012). Le café est produit dans des « jardins  créoles » où il est notamment associé à de l’igname, des bananiers, des arbres fruitiers (agrumes, avocatiers) et des espèces forestières. Les sucrins sont les arbres de couvertures les plus populaires en Haiti. L’application de l’engrais chimique est quasiment absente dans la plupart des zones caféières (sauf à Thiotte où la pratique est assez courante), ce qui conférerait une dénomination organique au café s’il était certifié. La culture du café dans une zone donnée amène vers la régénération de la couverture boisée et permet de réduire à moyen terme le problème critique de déboisement. La couverture forestière du pays estimée à seulement 1,5% serait due à la présence du café dans certaines zones (ANDAH, 2007).

2.1.5. Le volume de production

a productioncaféière d’Haïti était de 300,000 sacs  de 60 kg  en 2011, de 350,000 et 351,000 respectivement en 2010 et  2009 selon les données statistiques de l’Organisation Mondiale du Café (OIC) basées sur les chiffres transmis par l’État haïtien. Alors qu’on parle beaucoup d’une production annuelle de 500.000 sacs, les chiffres de l’OIC  montre que le pic au cours de la décennie 2000-2011 a été atteint en 2000-2001 avec une production de 420,000 sacs. Comme le démontre le graphique suivant, la tendance sur douze (12) ans est à la baisse (-28,57% entre 2000 et 2011).  L’autre constat majeur est que le niveau de production actuel est très bas par rapport aux 633,000 sacs en 1950, 740,000 en 1955 (année record) et 660,000 en 1973.

 

GRAPHE 7. PRODUCTION DE CAFÉ EN HAITI

 

                                  Source: élaboration propre d'après chiffres OIC

 

Les ravageurs et maladies

Trois  principales pestes et maladies affectent les plantations caféières en Haïti.

  • Les pourridiés des racines dont la principale cause serait le taux trop élevé d’ombrage au niveau des jardins. On estime que la diminution de surface liée aux pourridiés est de 3 à 4% par an depuis 1980 (CIRAD, 1999).

  • Le scolyte du café (Hypothenemus hampei), insecte ravageur attaquant les cerises du café en moyenne 40% des cerises de café et causant des pertes de plus de 15%.

  • La rouille (hemileia vastatrix)  qui est une moisissure qui attaque les feuilles des caféiers et dévastant graduellement jusqu’à 100% de la plantation

Il faudrait ajouter à ces fléaux 

  • Le vieillissement : 70% des caféiers ont plus de 20 ans (selon l’INCAH)

  • La sècheresse suivant le dernier rapport de la situation de la filière café dressée en 2015 par l'INCAH.

2.1.6.- Investissements dans la production

Actuellement, les dépenses annuelles  au niveau des parcelles est de GDE 21,972.00 (366,2 USD) alors que les dépenses nécessaires seraient de GDE 68,940.00 (1149 USD). Ainsi, actuellement, seulement 30,5% de dépenses  nécessaires annuellement sont consentis par les producteurs[4] la Production Brute au niveau national du système caféier est 640,7 USD  par an à l’hectare. La part du café  y représenterait en moyenne 67%. La marge annuelle pour le système caféier serait de 247,5 USD en moyenne d’où une compétition de la culture du café avec des cultures sarclées plus rémunératrices sur le court terme mais totalement destructrices de l’environnement à moyen et long termes.

2.1.7.- La qualité du café

Elle dépend principalement de deux facteurs: la qualité inhérente au produit lui-même et les caractéristiques du processus de récolte et de celui de la méthode de traitement retenue (méthode sèche, méthode humide).Les deux (2) principales méthodes utilisées pour le traitement primaire du café sont 

  • la méthode par voie sèche : où la cerise est séchée directement sur un glacis ou toute autre surface appropriée. C’est la méthode la plus répandue dans le pays, surtout  auprès des planteurs non organisé. La coque obtenue par voie sèche est pilée au mortier, d’où son appellation (café pilé.) Bien qu’elle soit plus simple, elle offre moins de garantie en termes de qualité.  

  • la méthode par voie humide où la cerise est dépulpée, fermentée, lavée avant d’être séchée sur un glacis en béton, des tamis ou des séchoirs mécaniques. On a répertorié, en 2008,  67 unités de dépulpage notamment au niveau des réseaux de coopératives. Les usines de traitement final fonctionnel à l’époque étaient au nombre de sept (7) avec une capacité installée de 100 containers revus à la hausse à 128 containers[5] lors d’une seconde évaluation en 2010 malgré les sérieux dommages subis lors du tremblement de terre par l’usine de Tombe Gâteau désormais non opérationnel. Notons que la plupart des centres de traitement primaire n’ont pas été bien dimensionnés et font face aujourd’hui à des contraintes de capacité, notamment pour le séchage et l’entreposage. 

  • Au niveau des centres de lavage de café des coopératives, le taux moyen de triage atteint parfois 40 à 50% en raison des problèmes depuis la cueillette, jusqu'à l’entreposage en passant par la fermentation et le séchage. En termes de contrôle de qualité quatre laboratoires de contrôle de qualité ont vu le jour grâce à un projet de la BID exécuté par l’INCAH. REBO S.A. entreprise exportatrice et torréfactrice dispose également d’un laboratoire dirigé par un technicien étranger connu ayant une longue expérience dans le domaine et très connu dans le milieu haïtien. Chaque laboratoire dispose du personnel formé en mesure de faire une dégustation professionnelle du café préparé dans les centres de traitement en identifiant leurs défauts et leurs qualités physiques et  gustatives. Cependant, sur le terrain, il a été constaté que seuls les laboratoires de COOPCAB à Thiotte et de REBO S.A. à Port-au-Prince étaient véritablement fonctionnels. L’INCAH vient de procéder à des réaménagements de son laboratoire et de recruter du personnel pour relancer. Plusieurs séances de formation en contrôle de qualité et dégustation ont été dispensées dans la plupart des coopératives et certains participants ont pu même bénéficier de courts voyages d’études. Cependant, aucun des dégustateurs formés jusqu’ici n’a le niveau de certification internationale 

 2.1.8.- La commercialisation

La commercialisation du café haïtien se fait à la fois sur le marché local et à l’exportation. Une étude de l’ANDAH EN 2007, estime à 64% la part de la production consommée localement soit à travers la torréfaction artisanale et familiale, soit à travers la torréfaction industrielle. Les 56% restants seraient destinés à l’exportation formelle (coopératives et industriels) et informelle (contrebande transfrontalière Haïti-République Dominicaine). A partir de 2013 la situation a radicalement changée, la production nationale évaluée a moins de 200 000 sacs peine a satisfaire l'exportation formelle moins de 0.05%. La part captée par le marché dominicain est considérablement réduit, moins de 10%. Plus de 90% du café produit est consommé localement suivant les premières données recueillies par l'INCAH.  La récolte catastrophique de la campagne 2015 va encore empirer la situation. Moins de 100 000 sacs de production est prévus pour cette année.      

2.1.9.- Les exportations

 Les exportations officielles de café haïtien en volume, toujours selon l’OIC ont été de seulement 11,000 sacs de 60 kg en 2009-2010. Difficile de quantifier le volume passé en contrebande vers la République Dominicaine même si une étude conduite par LARHEDO (Laboratoire des Relations Haïtiano-Dominicaines) fait état de près de 150.000 sacs de qualité quelconque en 2004 ; une quantité qui n’est certainement pas comptabilisée par l’État haïtien. Toujours est-il que les exportations officielles sont passées de 580,000 en 1956 à moins de 100,000 sacs à partir de l’année 2000, à environ 10,000 aujourd’hui. On constate alors et toujours la même tendance baissière qu’ont connu l’espace du verger caféier et la production caféière.

 

GRAPHE 8. EXPORTATIONS DE CAFE EN HAITI

 

 

 

Source: élaboration propre d'après chiffres OIC

 

Les exportations officielles de 2009-2010 ont rapporté 3,13 millions de dollars américains selon la direction des études économiques du Ministère de l’Economie et des Finances[6] pour la même période, ce qui fait du café le troisième produit agricole d’exportation derrière le cacao (8 millions) et la mangue (7,61 millions). Comparativement au début des années 90, où les exportations de café ont atteint 90 millions de dollars, le recul est énorme en une vingtaine d’années.

 GRAPHE 9. PART DU CAFE DANS LES EXPORTATIONS AGRICOLES

 

 

 


 

 

 

                   Source : Banque de la République d’Haïti

 

2.1.10.-La consommation locale

 

Elle est de loin supérieure aux exportations et s’est maintenue autour d’une moyenne constante de 340,000 sacs annuellement d’après les statistiques de l’OIC. Aucune étude sérieuse n’a encore démontré cette consommation. La question à se poser serait est-ce la vraie consommation ou est-ce une simple opération de soustraction ne tenant pas compte du café qui traverse illégalement la frontière ? Une partie de la réponse est apportée par l’étude réalisée par ANDAH[7] en 2007. Elle tablait sur une production estimée à 350,000 sacs et répartissait les utilisations de la production de la manière suivante (voir tableau et graphique) :

 

TABLEAU 5. REPARTITION DE LA PRODUCTION CAFÉIÈRE EN HAITI

 

Types de répartition

Volume (sacs de 60 kg)

% de la production

Exportations des coopératives

6,084

1.74%

Exportations des Industriels privés 

19,558

5.59%

Exportations informelles (vers RD)

99,358

28.39%

Torréfaction industrielle

20,000

5.71%

Torréfaction artisanale & familiale

205,000

58.57%

 

350,000

100.00%

 

350,000

100%

 

Source: "Caractérisation de la filière café", ANDAH 2007

 

GRAPHE 10. REPARTITION DE LA PRODUCTION

 

 

 

 

 

 

 

 

 




                 Source: "Caractérisation de la filière café", ANDAH 2007

2.1.11.- Les circuits de commercialisation

Les principaux opérateurs de la filière café sont, en amont les producteurs et en aval les exportateurs et les torréfacteurs.

Les producteurs : On ignore le nombre de producteurs non organisés malgré le chiffre de 200,000 généralement avancé. Les producteurs organisés en coopératives et en réseaux de coopératives sont sans doute plus de 50,000. La plupart des réseaux sont certifiés équitables. Quatre (4) de ces groupes associatifs exportent directement des volumes limités sur les marchés niches (équitables ou gourmet). Un recensement national de la filière avec en support un programme de traçabilité intégré.   

Les industriels exportateurs : En 1957-1958, 25 firmes ont exporté 432,303 sacs de 60 kilos. Les quatre premières (Reinbold, Madsen, Wiener, Brandt) ont exporté 55.8%. Aujourd’hui, il n’existe que 3 exportateurs traditionnels de café en Haïti (Weiner, Novella et Rebo). Cependant, seul REBO a pu exporter normalement jusqu'à 6 containers de 300 sacs de 60 kg de café pilé et/ou lavé au cours des deux (2) dernières années.   

Les industriels torréfacteurs : Aucune étude de marché sérieuse n’a été menée jusqu’ici sur le sous-secteur de la torréfaction en Haïti. On estime néanmoins les torréfacteurs artisanaux à plus de 10,000 à travers les pays. Parmi la ½ douzaine d’industriels, les entreprises REBO S.A. et Geo Wiener contrôlerait 45 % du marché du café torréfié en Haïti.

Toutefois, il existe une plusieurs catégories d’intermédiaires. On dénombrerait 10,000 des voltigeurs, « sous-marins » et « madan sara » ; 20 spéculateurs une demie douzaine de négociants dominicains travaillant pour le compte de INDUBAN[8] (tout le long de la frontière : Thiotte/Anse-à-Pitres; Baptiste/Savanette; Carice/Mont Organisé…)      

 

GRAPHE 11. CIRCUIT DE COMMERCIALISATION DU CAFÉ EN HAITI

 

Source : ANDAH

2.1.12. Les marchés et les prix :

 

Vers la fin des années 90 les exportations caféières représentaient plus de 50 millions de dollars américains, mais la décennie 2000-2010, elles restent inférieures à 10 millions de dollars. Les exportations se font au niveau international suivant les conditions du marché conventionnel et/ou celles des marchés spéciaux. 


  • Le marché C de New York

 

Le café étant une matière première cotée en Bourse, il est soumis tant à la loi de l’offre et de la demande

 




















pour la détermination de son prix, qu’aux effets des spéculations et des anticipations. N’importe quel phénomène dans l’un des quatre plus grands producteurs/ exportateurs mondiaux (Brésil[1], Vietnam, Colombie, Indonésie) est susceptible d’influencer les cours du café dans le monde et par ricochet en Haïti. Si les coopératives et les exportateurs traditionnels arrivent depuis une dizaine d’années à négocier des prix supérieurs (pour les cafés pilé et lavé de qualité) avec des acheteurs plus ou moins stables, la référence quand il s’agit de trouver de nouveaux acheteurs reste Le marché C de New York caractérisé par sa grande volatilité en termes de prix. A titre d’exemple, même dans le cas du commerce équitable, les acheteurs se limitaient à offrir en 2011 le prix du marché de New York (2.00 USD/lb en moyenne) alors supérieur à celui du marché équitable 1.40 USD/lb ajusté des 20 centimes de prime sociale. Conséquence : beaucoup de coopératives et de réseaux dont les coûts de production sont assez élevés et habitués à vendre à des prix de marchés niches se sont retrouvés avec des stocks de café invendus qu’ils ont écoulés non sans peine au cours de la saison 2012.

 



[1] A titre d’exemple, la sécheresse au Brésil en 1976-1977 et la gelée en 1994 ont eu pour conséquence directe une poussée vertigineuse des prix mondiaux au cours de ces années.    

 

 

GRAPHE 12. EVOLUTION DES PRIX SUR LE MARCHE DE NEW YORK

 

 http://www.unctad.info/upload/Infocomm/Images/coffee/Volatilite.gif

 



Source : CNUCED

 

En 2015, les cours du marché de New York ont suivi une tendance baissière aboutissant à des niveaux incroyables se rapprochant de 1.16 USD/lb. A ce niveau de prix, aucun producteur de couvre ses coûts de production.

 

  • Les marchés spéciaux ou marchés niches :

Le marché international des cafés spéciaux (lavés) a connu un grand essor au cours des dix  dernières années avec notamment le développement de certains segments gourmet, équitable[10] et biologique. Les cafés spéciaux d’Haïti caractérisés par une qualité intrinsèque soigneusement gardée au cours du traitement sont vendus sur les marchés européens, américains et japonais, culminant avec la marque Haitian Bleu de la FACN qui a porté haut le flambeau du café de qualité jusqu’en 2009 et contribué à replacer Haïti sur la carte caféière des cafés haut de gamme du monde. Aujourd’hui le café de COOPCAB Gros Cheval et Blue Pine Forest est vendu à des prix atteignant 4.50 à 5.00 USD/lb au Japon. Environ 4000 sacs sont exportés chaque année en Amérique du Nord, en Europe et au Japon au niveau des marchés niches équitable, biologique et  gourmet. Il convient de signaler que pour le café pilé, des exportateurs de la place affirment obtenir des prix très intéressants supérieurs à 3 USD la livre

 

 

 

GRAPHE 13. EVOLUTION DES PRIX SUR LES DIFFERENTS MARCHES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Au niveau local

La livre de café (ou la marmite de cerises équivalente) payée au producteur sans les ristournes est passée de 12 gourdes (0.55 USD/lb) au début des années 2000, au niveau local jusqu’à 60 gourdes (1.41 USD/lb) en 2012, soit une variation positive de 159%[11]. Pour la campagne 2015, la livre de café vert se vend au niveau local jusqu'a 100 gourdes (1.75 USD/lb). Alors que le prix du café chute au niveau international 1.16 USD/lb suivant les estimations de ICO pour le mois de Décembre 2015. Même en tenant compte de l’inflation pour la période considérée, il s’agit d’une forte progression en termes de prix nominal reçu par les producteurs pour le café grâce à une exportation directe d’un café de qualité.  La présence des coopératives caféières à l’exportation directe où elles reçoivent des prix très rémunérateurs sur les marchés spéciaux : gourmets, équitables et biologiques a contribué à créer la compétition et à doper les prix au niveau local. En effet, qu’il s’agisse des exportateurs, des torréfacteurs ou des Dominicains, tous ont dû relevé leurs niveaux de prix afin de garantir un minimum d’approvisionnement lors même que les cours sur le marché de New York était au plus bas. Cependant pour la campagne 2015, la situation est grave avec la sécheresse le volume de café disponible sera totalement marginale.

 

Environnement institutionnel des organisations de commerce équitable en Haïti

 

2.1.13.-Potentiels de commercialisation

 

Une étude[16] réalisée en 2008 dénombre 67 unités de dépulpage (centres de traitement primaire) et 7 usines de traitement final au niveau du territoire national. Si la capacité installée en termes d’usinage (décorticage, calibrage, triage)  est de 100 containers l’an, la capacité de production à l’époque serait de 31,7 conteneurs annuellement.    Les différentes unités de traitement de café disséminées un peu partout confère au pays une capacité de traitement de 128 conteurs de café lavé, soit donc 32 000 sacs de 60 kg

Il était important de reprendre l’analyse de la situation des principaux opérateurs commerciaux dans le cadre de cette actualisation du diagnostic de la filière. Ainsi, une analyse FFOM (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces) touchant les deux opérateurs-clés a été menée. Elle inspiré de l’Étude préparatoire à la formulation d’un programme d’appui à la filière café en Haïti (BID)[17], actualisée et  complétée par les entrevues avec les acteurs ainsi que les ateliers de travail réalisés sur le terrain.

 

TABLEAU 6. ANALYSE FFOM  COOPERATIVES CAFEIERES

 

Opérateurs

Forces

Faiblesses

Opportunités

Menaces

Coopératives caféières

Coopératives et réseaux de producteurs concentrés niveau des zones de production du café créant un lien culturel avec le produit

 

Stratégies de marketing de marque développées par certains réseaux de coopératives

 

Ancienneté et légitimité des réseaux

 

Existence d’infrastructures et de savoir faire faire pour la production d’un café de qualité

 

Incitation aux producteurs à travers les Ristournes fin de campagne

Capacité de captage de la production locale limitée en raison de la faiblesse des capacités de collecte et du manque de fonds de roulement

 Non maîtrise de la commercialisation des acteurs souvent incapables d’ exploiter les technologies d’information disponibles (évolution des prix du café internationalement)

 

Inadéquation de l’administration et de la gestion des entreprises coopératives caféières

 

Mauvaise gouvernance des réseaux. situation plus dramatique dans le Sud, les Nippes et la Grand’Anse

Variété Typica reconnu pour ses caractéristiques organoleptiques

 Demande croissante sur le marché international (gourmet, équitable, biologique et conventionnel) du café  haïtien notamment Japon, USA, Europe…

 Prix intéressants sur les marchés niches. Le café haïtien est vendu jusqu’à 5 dollars us la livre au sur le marché gourmet du Japon

 

 Existence d’institutions internationales intéressées par la filière café et existence au niveau national d’institutions d’accompagnement 

Baisse de la production empêchant de répondre à la demande nationale  et internationale (moins de 20% de satisfaction de la demande en général, ce qui risque de fragiliser les relations commerciales.

Les réseaux fonctionnent avec l’assistance financière externe. Aucun d’entre eux n’est rentable sans cette assistance.

 

Faible part de la marge du producteur dans le prix final du café (seulement 50%) alors que les frais liés au traitement du café, au transport et au crédit en absorbent 41%.

 

 

TABLEAU 7. ANALYSE FFOM  INDUSTRIELS : EXPORTATEURS ET TORREFACTEURS

 

Opérateurs

Forces

Faiblesses

Opportunités

Menaces

Industriels : exportateurs et torréfacteurs

Ancienneté et savoir faire technique et administrative 

 

Réseaux de voltigeurs au niveau des zones de production et des réseaux internationaux

 

Extension des activités dans la torréfaction donc possibilité de mieux valoriser les cafés non exportables

Enclavement des zones de production conduisant à des dépenses de transport affectant le prix final du café 

 Entreprises situées en dehors des zones de production ce qui implique peu d’attachement des producteurs à ces entreprises

Forte demande sur le marché international (gourmet, conventionnel)

 Hausse des prix du café haïtien sur les marchés niches au niveau international ; jusqu’à 5,5 dollars USD la livre au Japon

 Qualité reconnue du café  Typica haïtien pour ses caractéristiques organoleptiques

 Existence d’institutions internationales intéressées par la filière café et existence au niveau national d’institutions d’accompagnement 

Demande croissante pour le café pilé

Baisse de la production empêchant aux nombreux acteurs de répondre à leurs demandes au niveau national et international.

 Coûts de production élevés du café torréfié dû à la hausse des prix de la matière première, à une mauvaise qualité du café (taux de triage élevé), d’où des produits finis  peu accessibles  aux petites bourses

 Concurrence déloyale des Dominicains sur le marché national créant une surenchère au niveau des prix limitant leur part de captage à environ 30% de la production locale 

 

Probabilité de perte de parts de marché si les coopératives permettent aux producteurs d’obtenir des parts plus importantes dans le prix final  du café

 

2.- La gouvernance et cadre institutionnel

2.1.- l’Institut National du Café d'Haïti (INCAH)

La filière café est coordonnée par l’Institut National du Café d'Haïti (INCAH) créé en 2003 par arrêté présidentiel. Il s’agit d'un organisme autonome  placé sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR). Son Conseil d’Administration est composé de représentants de l’Etat, du secteur agroindustriel, des associations de producteurs, de l'université et des organisations socioprofessionnelles de l’Agriculture. Le Conseil est présidé d’office par le Ministre de l’Agriculture. Une proposition de loi a été soumise au Parlement haïtien en vue de la formalisation de l’institut, mais elle est toujours dans l’impasse.

La mission principale de l’INCAH est de veiller à la mise en œuvre et au respect de la politique caféière nationale définie par le Gouvernement. IL s’agit plus spécifiquement de :

  • formuler la politique nationale pour le secteur café et élaborer les stratégies correspondantes ;

  • exécuter des programmes d’action relevant de sa compétence ;

  • mettre en place un système de contrôle qualité ;

  • apporter un appui à la mobilisation de ressources économique pour le financement du secteur et les investissements requis ;

  • appuyer la structuration professionnelle du secteur ;

  • assurer le suivi statistique du secteur ;

  • Informer et former les acteurs de la filière

Un « Fonds National de Café» (FONACAFÉ) associé à l'INCAH à titre de principal outil financier de la filière fut aussi créé, mais n’a jamais été mis en œuvre.


En 2007-2009, l’INCAH a exécuté le « Projet d’Appui à la Compétitivité du café d’Haïti (PACHA) », financé par la BID à 80%. Ledit projet visait à

  • Mettre en place un système de gestion de la qualité au niveau des groupes pilotes  afin qu’ils puissent produire un café de qualité

  • Doter la filière qualité d’un ensemble d’outils devant permettre d’assurer le contrôle de la qualité.

  • Elaborer des stratégies de marchés visant la promotion et la valorisation du café haïtien.

  • Implanter un système de suivi/évaluation pour pouvoir collecter des informations sur la filière et d’en arriver à une systématisation des bonnes pratiques par une très large diffusion. 

 

A partir de ce projet plusieurs activités ont été réalisées, notamment sur la lutte contre le scolyte, le contrôle de qualité. Les laboratoires de qualité et de parasitoïdes dont dispose INCAH à travers le pays sont issus de ce projet.

En 2011-2012, l’INCAH a pu exécuter le Projet « Appui à la promotion de la caféiculture »  qui fait partie intégrante du programme : Promotion Filière Production Agricole du MARNDR. Le volume d’activités a été renforcé compte tenu des besoins exprimés et de la nécessité d’effectuer des interventions permettant de promouvoir la caféiculture tant au niveau régional qu’au niveau national. Un cadre stratégique a été défini pour faciliter la coordination des activités et permettre un meilleur développement de la filière. A côté des activités de promotion et de sensibilisation, des appuis ont été fournis aux organisations de producteur pour faciliter leur renforcement et leur permettre de relancer la production à travers l’établissement de pépinières, la mise en place de nouvelles plantations, la régénération des anciennes plantations, la dératisation, la lutte contre le scolyte notamment

Ce projet d’un montant de 25.000.000,00 de gourdes avait une couverture nationale et localisé au niveau des dix (10) départements géographiques du pays et notamment au niveau des zones de production de café. Les bénéficiaires directs sont 25,000 producteurs de café de sorte qu’indirectement au moins 100 000 à 125,000 acteurs de la filière soient touchés.

Grâce aux efforts déployés par la Coordination technique de l’INCAH pour le maintenir en vie, l’institut dispose actuellement de son propre local et d’un budget de fonctionnement et d’investissement intégré dans la loi des finances de la République. En dépit des avancées notables de l’INCAH, la participation des différents  acteurs de la structure est mitigée. Le Conseil d’Administration n’a pas été renouvelé depuis 10 ans et les réunions ne sont réalisées de façon régulière.

L’institut devrait pouvoir prendre en charge la recherche, la logistique (appui à la réhabilitation des routes de desserte par exemple), de coordonner suivant la loi le Fonds national du café, d’œuvrer à l'amélioration de la qualité du café et surtout de son image auprès de la clientèle locale et internationale, d’émettre des certificats de qualité aussi bien pour le café passant par les opérateurs intégrés à l’institut que ceux indépendants.

Les premiers éléments d'une analyse des audit financier et institutionnel de l'INCAH, révèlent la nécessité d'un renforcement de l'INCAH pour lui permettre de répondre aux normes des institutions partenaires au point de vue d'utilisation de logiciel comptable adaptée et d'autre part de procéder au recrutement et a la formation de cadres notamment dans la gestion de bases de données, dans le domaine de suivi évaluation et dans la recherche.


TABLEAU 8. ANALYSE FFOM DE L’INSTITUT NATIONAL DU CAFE D’HAÏTI (INCAH)

 

Opérateurs

Forces

Faiblesses

Opportunités

Menaces

Institut National du Café d’Haïti (INCAH)

Institution étatique de coordination de la filière constituant un acquis certain pour cette filière

Représentativité et légitimité auprès de tous les acteurs rencontrés quant à son importance

Représentativité en termes de secteur faisant partie de la structure

Déficit d’orientation générale de l’institut (rôle pas clairement défini)

 Lacunes juridiques de l`INCAH : création par arrêté (pas de loi cadre) 

 Manque de ressources (financières et humaines) pour son bon fonctionnement.

 

Démobilisation des membres (le Conseil d’Administration) ne se réunit presque  pas et n’est pas renouvelé depuis 10 ans

Présence d`institutions de financement  (BID, USAID, CRS, UE) et d`appui (OXFAM’ ICEF, AVSF, IICA, COHIMRU, ORE, WINNER) toujours motivées à promouvoir la filière

 Existence, quoique obsolète,  du code du café haïtien comme instrument de réglementation de la filière. Actualisé et adapté aux réalités du moment,  il pourrait servir  à résoudre les problèmes actuels de professionnalisation de la filière, de contrôle de qualité et de commercialisation du café.

Manque de volonté politique de l’Etat pour définir une politique nationale en faveur de la filière,

 Manque ou absence de coordination entre les acteurs intervenant actuellement dans la filière ;

 Faiblesse des structures de contrôle de l’Etat en général rendant hypothétique toute tentative de régulation de la filière

 

 

2.2.- Plateforme nationale Café (PNPCH)

 

La Plateforme Nationale des Producteurs de Café d’Haïti  (PNCPH) est un outil de plaidoyer qui regroupe les différents réseaux de coopératives dans le pays. Elle a une coordination de dix-huit (18) délégués à raison de trois (3)  délégués par plateforme. Elle est gérée par un comité exécutif de sept (7) membres. Son rôle serait de :

  • Sensibiliser les gens sur les revendications des producteurs de café

  • Vulgariser les informations concernant les coopératives et associations Créer des liens de solidarité avec d’autres organisations nationales et internationales

  • Engager dans la lutte pour la protection de l’environnement

  • Organiser des inter-échanges avec les producteurs

  • Défendre les intérêts des producteurs  etc.…

Créée en octobre 2008, la plateforme devient opérationnelle en 2014, avec le vote d'un comite directeur et la réalisation d'activités notamment le concours national de café de qualité, qui a réuni des dégustateurs venant des grands pays producteurs et exportateurs de café.

TABLEAU 9. ANALYSE FFOM DE LA PLATEFORME CAFE (PNPCH)

 

Opérateurs

Forces

Faiblesses

Opportunités

Menaces

Plateforme café (PNPCH)

 

Représentativité et légitimité auprès des réseaux de coopératives

 

Problème d’orientation générale : absence de structuration

 

Confusion des rôles : plateformes régionales, plateformes communales, réseaux et coopératives de base

 

Présence d`institutions de financement  (BID, USAID, CRS, UE) et  d’appui (OXFAM’ ICEF, AVSF, IICA, COHIMRU, ORE, WINNER) toujours motivées à promouvoir la filière, en témoignent les initiatives en cours actuellement dans le Sud, la Grand Anse et l Ouest

Représentation au niveau  de l`INCAH impliquant la capacité d’influencer certaines décisions 

Provisions légales réglementant ces types d’organisations professionnelles de la filière dans le code du café

Manque de volonté politique de l’Etat pour définir une politique nationale en faveur de la filière café

 Manque ou absence de coordination entre les acteurs intervenant actuellement dans la filière

 

 


2.3.- Les institutions d’appui

Ces dix dernières années diverses institutions internationales dont la Banque |Interaméricaine de développement (BID), l’Union Européenne à travers le programme STABEX,  Institut Interaméricain de Coopération pour l’Agriculture(IICA), USAID à travers le projet HAP et MARCHE ont apporté de nombreux soutiens à la filière dans les domaines de la lutte phytosanitaire notamment contre le scolyte ; dans l’amélioration de la qualité du café haïtien en vue d’accéder à des marchés plus rémunérateurs et dans la dotation de certains réseaux coopératives des outils de gestion et de fonds de roulement pour la commercialisation du café de leurs membres et aussi des appuis pour améliorer la gouvernance de la filière.

De même, de nombreuses institutions d’accompagnement dont internationales (Action Aid, AVSF, FLM, OXFAM) et nationales (ICEF, ANDAH, ORE, PAPDA, SEFADES, LARHEDO) ont apporté leurs appuis techniques au développement de la filière.

Cependant ces appuis restent très limités, les interventions en vue d'une relance effective de la filière n'ont jusqu'a présent pas tees mises en branle.

 

TABLEAU 10. QUELQUES  PROJETS A COMPOSANTE CAFE  DES 5 DERNIERES ANNEES

 

Programme et Intervenants

Zones d’intervention

Bailleurs

Développement des Filières Productives Rurales (DEFI)  2013

Nord

Centre

Sud-Est

BID

Programme de Mitigation des Désastres Naturels (PMDN) 2012

Nord

Sud-Est

BID

Renforcement des Services Publics Agricoles(RESEPAG) Rubrique transfert de technologie 2012

Nord

Sud

Sud-Est

Banque Mondiale

Oxfam Iltalie

Sud

 

Catholic Relief Service (CRS)

Sud, Nippes

 

Watershed Initiative For National Natural Environmental Ressources  (WINNER)

Ouest

USAID

Comité Œcuménique Haïtien d’Intervention en Milieu Rural (COHIMRU)

Grand Anse

Ambassade Japon,  EPER

Caractérisation & cartographie

de la caféiculture

à Dondon

 

Nord

AFDI Dordogne en Haïti (Agriculteurs Français et Développement International),

 

PROGRAMME  KOREKAFE

De consolidation de la compétitivité et durabilité des coopératives caféières haïtiennes, AVSF 

 

Nord, Nord-Est, Sud-Est, Centre, Sud, Grand-Anse 

BID, AFD

 

2.4.. Le financement

L’accès au crédit dans la filière est problématique. Il n’existe pas de mécanisme de financement réel pour la filière café comme c’est le cas d’ailleurs pour l’ensemble du secteur agricole. Aujourd’hui, aucun produit financier n’est dédié à la production caféière. Si l’on fait exception de l’appui fournit par STABEX à certains réseaux de coopératives (RECOCARNO, UCOCAB. COOPCAB) il y a quelques années, aucune autre initiative visant le financement du secteur au niveau national n’a vu le jour.

Les tentatives isolées sont faites par des réseaux pour assurer un minimum de financement comme celle de RECOCARNO avec une mutuelle créée au sein du réseau ; la recherche de fonds d’UCOOCAB à travers la caisse populaire COPECLAS (Lascahobas), de COOPCAB à travers ABCAB (Thiotte) ; d’APCAB à travers CREPES (Thiotte), etc.  Les taux des caisses populaires varient de 15 à 36 % l’an et par conséquent sont prohibitifs pour une filière comme celle du café.

Les expériences avec le BCA vers la fin des années 2000 ne se sont pas révélées concluantes selon les coopératives en raison du montant du cash collatéral et de la garantie hypothécaire. Les essais avec FONKOZE en tant qu’institution de micro finance IMF se sont aussi soldé par des échecs à cause du taux élevé de 24% pour des prêts en dollars américains. La nouvelle approche avec Root Capital pourrait apporter un soulagement, mais il faut un contrat de vente préalable et le financement n’arrive pas à temps selon ce qui a été rapporté sur le terrain. D'autre part des initiatives prises par  SYFAAH (Systèmes de Financement et d’Assurance)  vont être utilisées pour essayer de créer des produits financiers adaptés au café. Mais les fonds de garanties ne sont pas encore au rendez-vous.   

 

3. CONSTATS ET ANALYSE

3.1.- Observations générales sur la production

Haïti avec ¾ de montagnes et des sols de types calcaires et d’alluvions récentes possèdent des espaces aptes à la culture caféière. La majorité du café  est cultivée dans les régions de montagne humide avec altitude supérieure à 700 mètres une pluviométrie annuelle allant  jusqu'à 2500 mm. Ces conditions climatiques sont donc optimales pour obtenir un café de grande qualité intrinsèque.

Par ailleurs, les structures de micro-production (jardins créoles en polyculture) avec 85% des superficies ne dépassant pas 2 hectares constituent une garantie de durabilité de l’écosystème caféier. Plus de 80% des surfaces seraient cultivées avec zéro intrant chimique ; ce qui est un premier pas fondamental vers la certification biologique. La prédominance de la variété Typica (avec ses caractéristiques organoleptiques très appréciées dans l’industrie) dans les exploitations agricoles (environ 90%) positionne favorablement la production caféière nationale sur les différents marchés gourmets du monde entier. De plus le terroir a la capacité de multiplier des variétés de café Arabica, performantes, de bonne qualité a la tasse, résistantes à la rouille et à la sècheresse pour faire face aux contraintes climatiques.

A côté des ces atouts, la filière est confrontée à des contraintes, tels que : 

  • La baisse de la production (perte des surfaces emblavées en café estimées à 1%  annuellement). Même si les chiffres restent encore très aléatoires, le constat du déclin progressif de la production caféière en Haïti depuis une cinquantaine d’années est manifeste. Avec 0.262 % de la production mondiale selon le classement de l’OIC, le pays n’est actuellement qu’un producteur marginal.

  • La faiblesse du rendement à l’hectare (225 kg/ha) très en deçà de la moyenne mondiale 600 kg/ha

  • Le vieillissement des plantations (âge moyen plus de 40 ans pour les Typica et environ 20 ans pour les Catura) alors que l’âge utile du caféier avec un rendement optimal est de 25 ans.

  • Le vieillissement des planteurs dont la moyenne d’âge autour de 56 ans est proche de la retraite, ce qui est très inquiétant pour l’avenir du café sur les 25 prochaines années 

  • La présence de maladies et ravageurs non contrôlés, notamment les pourridiés,   la Rouille Orangée (Hemileia Vastatrix) dépistée au cours des deux dernières années et capable de détruire totalement une plantation si aucune intervention n’est réalisée.     

  • L’enclavement des zones de production limitant les conditions de production d’un café de qualité et augmentant les coûts de production en raison des mauvaises conditions de transport.

  • La non identification des terres à potentialité caféière qui empêche de projeter une extension planifiée des surfaces caféières à travers le pays.  

Les principales causes identifiées à l’analyse de ces contraintes se résument en :

  • l’absence de recherche systématique (fondamentale et appliquée)  au niveau de la filière afin d’obtenir les informations nécessaires à la prise de bonnes décisions. (les cadres de niveau de Maitrises et de Ph D. sont très rares)

  • Le manque d’investissements (de moyens) au niveau de la filière (seulement 30% de ce qui est nécessaire)

  • Le mauvais état des routes d’accès aux zones caféières

  • L’absence modèle économique (normes mal définies et itinéraires techniques inexistants)

Les recommandations à ce niveau vont vers :   

  • Un recensement général au niveau de la filière à partir du Programme National de Traçabilité. Il s’agit d’un système électronique moderne permettant une traçabilité intégrée touchant l’indentification des planteurs, la géo-localisation des parcelles, ainsi que l’enregistrement des transactions et une évaluation systématique des facteurs de production 

  • Une responsabilisation des réseaux et des coopératives pour la vulgarisation et la collecte des données de référence en y associant les jeunes et les femmes

  • La formation de Cadres de Haut niveau suivant les besoins de la filière (Ph D. Maitrise).

  • La mise en place de recherche (fondamentale et appliquée)  et de vulgarisation stable dans les réseaux.

  • La vulgarisation de variétés Arabica, performantes, de bonnes qualités dégustatrices résistantes a la rouille et à la sécheresse.

  • Le financement et l'établissement de pépinières de café, de fruitiers et d'arbres d'abris dans toutes les régions caféières.

  • L’octroi de prêts à taux bonifiés et subventions pour la régénération et l’établissement de nouvelles plantations. L’élaboration d’un plan de  recherche,  de formation et de vulgarisation massive en donnant  la priorité aux jeunes et aux femmes

  • Une attention spéciale sur le problème de la rouille (Etat d'urgence déclaré, plan spécifique à mettre en œuvre)

  • Les améliorations des voies de pénétration: routes vicinales (agricoles)

  • La définition d’un paquet technique adapté au milieu

  • La remise en valeur des fermes d’Etat et y intégrer entre autres des centres de préparation des semences.

3.1.1.- Observations générales sur la qualité

Au niveau de la qualité du produit, malgré les efforts consentis par les réseaux et leurs coopératives respectives soutenus par les organismes d’appui, il existe encore de sérieux problèmes au niveau du contrôle de qualité tant dans les 67 centres de lavage (sélection des cerises, dépulpage, fermentation, lavage, séchage et entreposage) que dans les 10 usines de traitements final (décorticage, calibrage, triage et mise en sac pour l’exportation). 

Pour ce qui est du traitement final, si la capacité installée de traitement est estimée à plus d’une centaine de containers, on en sort qu’une trentaine environ d’où la nécessité de optimiser leur fonctionnement et de calculer leur seuil de rentabilité afin de bénéficier des économies d’échelle s’il y a lieu. Les 4 laboratoires répartis sur le terrain permettant d’effectuer des tests de qualité au niveau du pays ne sont pas tous opérationnels et le personnel technique qualifié et compétent y fait défaut.

Au niveau régional, REBO S.A. et WIENER S.A., ayant un marché pour le café pilé pour l’exportation fait des efforts pour y relever la qualité. Cependant, des contraintes liées à la pratique traditionnelle et la disponibilité d’installation individuelle freine la dynamique du café pilé de qualité.

Problématique actuelle au niveau de la qualité se pose comme suit :

  • L’inconsistance et inconstance de la qualité malgré des efforts  de certains réseaux au cours des dix dernières années

  • La difficulté à trouver un personnel formé parce que peu de gens ont reçu la formation adéquate et ceux qui ont été formés ne sont pas toujours disponibles  

  • L’inadéquation des équipements et des infrastructures: la plupart des infrastructures de base ont été sous-dimensionnées dans le cas des centres de lavage et/ou mal conçus dans le cas de certains centres de traitement final

Les causes identifiées sont : 

  • L’absence de système de contrôle de qualité

  • Le manque d’incitation à la qualité

  • L’absence d’expertise au niveau de la qualité

  • La mauvaise définition des besoins en équipement 

Pour y remédier, il est recommandé ce qui suit :

  • La définition d’un système national de contrôle de qualité pour application étendue

  • Le montage d’un programme d’incitation prix Vs qualité  

  • La responsabiliser les réseaux dans la mise en place d’un système de contrôle de qualité

  • La mise en place d’une politique nationale de contrôle de qualité

  • La formation massive de jeunes (filles et garçons)  en matière de contrôle de qualité de café

  • La formation des cadres en préparation de café

  • La définition des besoins en équipements et des spécificités des matériels avant leur acquisition

  • La prospection pour le développement éventuel d’un café pilé de qualité

 

CHOIX ET APPROCHE STRATÉGIQUES : PRODUCTION / QUALITÉ

Mode de production dans les champs

  •                      Jardins créoles (0.5-2 ha)
  •                      Jardins améliorés (2-5 ha)
  •                      Jardins modernes (5-10 ha)
 
 

 

Zoning

  •                      Niveau 1 : Zones à forte potentialité avec des organisations structurées
  •       Sud-Est (Thiotte)
  •         Grand Anse (Beaumont)
  •         Centre (Baptiste)
  •         Artibonite (Les Cahos)
  •                      Niveau 2: Zones à moyenne potentialité avec des organisations structurées
  •       Artibonite (Marmelade)
  •         Nord (Dondon, Plaisance…)
  •         Nord-Est (Carice, Mont Organisé…)
  •                      Niveau 3: Zones à potentialité forte ou moyenne avec des organisations non structurées
  •         Nippes (Baradères, L’Asile…)
  •         Sud (Tiburon, Les Anglais)
  •         Nord-Ouest (Saint Louis du Nord, …)

 

3.1.2.- Observations générales sur la commercialisation

La problématique de la commercialisation touche en premier lieu l’offre en quantité et en qualité, d’où l’incapacité d’honorer certains contrats. Le jeu d’équilibre prix/rentabilité et coût/rentabilité est souvent difficile pour la plupart des opérateurs qui ne connaissent pas leur seuil de rentabilité. Au cours des cinq dernières années, aucun opérateur engagé dans la commercialisation n’a su répondre de façon satisfaisante à la demande tant au niveau local qu’international. Un autre facteur important est la concurrence pour le moins déloyal des Dominicains qui achètent du café tout venant de qualité quelconque le long de la frontière et qui font même des incursions à l’intérieur des terres vers l’Artibonite et jusqu’à Beaumont dans certains cas. Avec la crise des deux dernières années, ces derniers se tournent vers le Vietnam et le Brésil pour s'approvisionner. D'autre part essoufflé, les torréfacteurs locaux menacent d'importer du café pour faire face a la concurrence des cafés torréfiés étrangers et ainsi assurer leur survie en attendant la résolution de la crise.     

Un autre aspect déterminant au niveau de la commercialisation est le fonds de roulement. Le manque de liquidités à temps et en quantité suffisante dans les coopératives et chez d’autres opérateurs limite considérablement le captage de café au cours de la campagne qui ne dure que 4 à 5 mois selon les altitudes. Les planteurs sont non seulement sensibles au prix reçus, à l’espoir de ristournes, mais aussi à la disponibilité de fonds à une période où ils doivent souvent faire face aux obligations de la rentrée des classes. Les sérieux problèmes de gestion et d’administration ne sont pas à négliger dans les coopératives qui peinent à faire la décantation entre la partie associative et la partie entrepreneuriale de leur organisation.

D’autres problèmes ont pu être identifiés au cours de l’étude. Ils sont listés ci-dessous :

  • La capacité limitée de captage de la production locale (30-40%) par les coopératives et les industriels

  • Le manque de constance et de respect des engagements envers les clients

  • La non maîtrise de la commercialisation de la part des acteurs

  • Les coûts de production élevés du café torréfié

Les causes inhérentes à ces problèmes sont : 

  • La faiblesse des volumes disponibles dus aux faibles rendements.

  • La faiblesse des capacités de collecte

  • Le manque de fonds de roulement

  • La faiblesse de compétitivité : prix, quantité, qualité (coûts élevés)

  • La faible part de la marge du producteur dans le prix final du café (seulement 50%)

  • La concurrence déloyale des Dominicains sur le marché national créant une surenchère au niveau des prix

  • Le manque d’outils de négociation et de l’offre commerciale (faiblesse)

  • Le manque d’expertise interne au niveau local

  • L’absence de stratégie commerciale inter-réseaux

  • Manque d’expertise interne au niveau local

  • Non caractérisation du café d’Haïti

  • La hausse des prix de la matière première

  • Les défauts de qualité du café (taux de triage élevé)

Pour pallier cet état de choses, il est conseillé :

  • L'augmentation de l'offre pour stabiliser les prix

  • Une politique de Fidélisation des membres

  • La mise en place d’un mécanisme de fonds de roulement à temps et en quantité suffisante

  • Un contrôle frontalier pour limiter la Compétition Dominicaine (qui fragilise les efforts de qualité)

  • Le développement de partenariat durable avec les acheteurs

  • La formation de ressources locales en marketing

  • La création comité marketing inter-réseaux

  • La caractérisation du café d’Haïti (terroir, gout altitude)

  • L’utilisation des outils marketing

  • La modélisation des structures de coûts des différents types d’opérateurs (analyse coût/rentabilité; calcul prix de base rentable)

 

CHOIX ET APPROCHE STRATÉGIQUES : COMMERCIALISATION

Développement commercial autour des cafés de qualité (lavé ou pilé)

  •                     Café gourmet (plus rémunérateur)
  •                      Café équitable (plus social)
  •                      Café organique (plus écologique)
 
 

Organisation du traitement primaire

  •             Centralisée (type réseaux de coopératives)
  •             Individualisée sous assistance (planteurs indépendants de Thiotte)
  •             Individualisée libre (à l’ancienne)?

 

3.1.3. Observations générales sur la gouvernance

Problématique actuelle

  • Faiblesse des structures de contrôle de l’Etat en général rendant hypothétique toute tentative de régulation de la filière

  • Confusion des rôles, de la nature et de la mission des acteurs

  • Inadéquation de l’administration et de la gestion des entreprises coopératives caféières

  • Démobilisation des membres (le Conseil d’Administration de l'INCAH) se réunit que rarement du fait des problèmes financiers et n’est pas renouvelé depuis 10 ans

  • Manque ou absence de coordination entre les acteurs intervenant actuellement dans la filière

Principales causes

    • Mécanisme de Coordination des interventions des bailleurs au niveau de la filière café non définies par le Ministère

    • Lacunes juridiques de l`INCAH : création par arrêté

    • Absence de loi-cadre règlementant la filière

    • Non diffusion et appropriation de la politique de l’Etat en faveur de la filière café

    • Mauvaise gouvernance des réseaux de coopérative caféière

Recommandations

    • Publier un décret et ou une loi de renforcement de l'INCAH remplaçant l'arrêté de création de l'INCAH

    • Canalisation des bailleurs par le Ministère vers la structure de Gouvernance (INCAH)

    • Plan de clarification des rôles des différents acteurs

    • Recyclage des coopératives caféières sur les principes de base

    • Définir le statut juridique du producteur à travers une loi cadre

    • Plaidoyer pour la prise en charge de la filière par l’Etat

    • Création d’un espace de concertation entre les réseaux 

      Il est a noter qu'au mois de Mai 2015, un Plan de relance de la Filière café a été réalisé par l'INCAH avec l'appui de tous les acteurs ce qui constituent une bonne base pour le développement du sous-secteur café.

       

CHOIX ET APPROCHE STRATÉGIQUES : GOUVERNANCE

 

Eventail d’actions (adéquation des actions par rapport aux besoins)

  •                     Niveau National
  •                     Niveau Régional
 

Bénéficiaires

  •                     Groupes de producteurs organisés (renforcés et formés)
  •                     Industriels de l’exportation et de la torréfaction (encadrés)
  •                      Actionnaires (entrepreneurs) et gestionnaires intéressés au développement de la filière (encouragés)
  •                     Etudiants, jeunes diplômés et jeunes entrepreneurs intéressés au développement de la filière (formés)
  •         Institut National du café d’Haïti (renforcés et formés)

 

3.1.4.-Observations générales sur le financement

Le financement est principal goulot d’étranglement de la filière. Tous les acteurs (producteurs, voltigeurs, madan sara, coopératives) se plaignent du manque d’accès au crédit pour la conduite de leurs activités. Dans le cas des coopératives, le cout du crédit représente environ 15% du prix de vente final d’une marmite de cerise de café. Aussi, est-il urgent de développer un mécanisme de financement de la filière soit par des subventions, soit par des prêts à des taux bonifiés aux différents acteurs

  • Octroi  de subventions aux producteurs soit pour la mise en place de nouvelles plantations.

  • Subvention partielle des investisseurs intéressés à la production du café de qualité et/ou pour torréfier du café pour la consommation locale

  • Facilitation de l’accès au crédit  à des taux compétitifs pour les acteurs pour la commercialisation.

  • Opérationnalisation du  FONACAFE prévu par le Code du café. Les prélèvements chaque livre de café exportée pourraient servir comme l’une des  sources de financement de ce fonds; ainsi que le paiement par les automobilistes et les usines du service environnemental fourni par les exploitations caféières.

 

Il faut noter qu'actuellement une étude de faisabilité est réalisée par l'Agence Française de Développement pour la Réalisation d'un Projet dans le cadre du Plan de Relance de  la Filière café a hauteur de 5, 000,000.00 d'Euros sur 5 ans. Et d'autre part les consultants de la  Banque Mondiale ont donne un avis favorable sur un projet soumis par le MARNDR a hauteur de 46, 000,000.00 USD sur 5 ans. L'Etat se doit d'être proactif pour faciliter la matérialisation de ces fonds.

CHOIX ET APPROCHE STRATÉGIQUES : FINANCEMENT

 

Financement

 

  • ·                     Mécanisme de fonds de garantie auprès des institutions de micro-finance locales et auprès de la BNC
  • ·                     Prêts à long terme à taux bonifiés pour encourager les investissements
  • ·                     Gestion FONCAFÉ par l'INCAH à travers une institution financière de métier (BNC)
    • ·         Subventions des acteurs de la filière (petits producteurs, Partenariats Publics Prives)


4. Les histoires à succès

Beaucoup d’actions ont été réalisées au cours des 20 dernières années au niveau de la filière café avec leurs avantages et leurs inconvénients. Certaines catégories d’interventions ont retenu l’attention par leurs apports indéniables au secteur en dépit des faiblesses enregistrées  qui restent d’éternels défis en guise de leçons apprises. 

 

Types d’actions

Modèles

Volets à succès

Eternels défis

Montage des réseaux de coopératives

Structuration de réseaux à vocation démocratique dans les principales zones caféières au début des années 90 à partir de coopératives existantes ou en formation. Ces modèles financés par des organisations internationales   ou des ONG ont pu maintenir la filière en vie à un moment où les opérateurs traditionnels se retiraient en raison de la chute des cours du café dans les années 2000.  La FACN (actuellement inopérante initiée à travers un projet de  l’USAID en collaboration avec la BIB et exécuté par l’IICA), le RECOCARNO (lancé par Oxfam GB et accompagné par SEFADES) et, COOPCAB (encadré à sa création par la FLM, Action Aid et SOCODEVI), ont été les pionniers du genre.     

Ces modèles ont eu pu travailler avec succès sur :

La qualité du produit, notamment pour le café lavé en fournissant les infrastructures et la formation nécessaires

 

Le marketing: en se positionnant sur des marchés niches (gourmet et équitable) et en développant des marques: Haitian Bleu de la FACN, Blue Pine Forest de la COOPCAB

  

Malheureusement, ces modèles n’étaient pas sans reproche et n’ont pas su bien poser les problèmes de :

 

rentabilité en tant que condition sine qua non de la viabilité. Aucun n’est économiquement rentable sans aide externe et beaucoup de coûts sont cachés à travers les jolis rapports financiers

gouvernance professionnelle: transparente  avec des redditions de compte périodiques

communication constante entre les différents paliers du système   afin d’établir la confiance

Réhabilitation des infrastructures des coopératives

A partir des années 2000, la limitation des capacités des infrastructures des réseaux ont porté les bailleurs à s’intéresser à une amélioration de celles-ci en vue de maintenir voire d’augmenter l’offre de café. Les interventions du BON dans le cadre du projet STABEX, les actions de l’USAID à travers le projet HAP de l’Ambassade du Japon ou des Taïwanais, sont à noter à ce niveau.  

Ces actions ont particulièrement eu un impact

au niveau du parc d’infrastructures à Thiotte (centres de lavage et traitement final)

amélioration générale de la capacité de traitement dans toutes les zones caféières du pays. 

Plusieurs interventions n’ont pas été bien coordonnées ou n’ont pas toujours été basées sur les besoins réels ou des études sérieuses mettant en avant la rentabilité des structures:

au même moment étaient construits 2 usines de traitement final à Plaine du Nord (sans équipements) et à Marmelade d’où ne sont jamais sortis plus de 2 containers l’année

La construction de postes d’achat à Thiotte sans les équipements appropriés et qui pour la plupart n’ont pas été utilisés

 

Lutte contre le scolyte

A un moment où le scolyte attaquait sérieusement la production caféière, les actions de l’INCAH, de l’IICA et de la CIRAD ont réussi à faire baisser les taux d’infestation de scolyte dans certaines zones caféières comme Baptiste et Marmelade 

Deux actions performantes peuvent, entre autres,  être relevées : 

La vulgarisation des pièges BROCAP et des  modèles artisanaux

La mise en place de laboratoires de parasitoïdes

 

Cependant, on pouvait constater :

Une absence de coordination  entre les lâchement des parasitoïdes, l’installation des pièges et les travaux de récolte sanitaire, dératisation etc. dans les champs.

Un manque de massification de l’information à travers les medias dans les zones concernées par le fléau

 

Dotation de laboratoires de dégustation

Bien que l’étape de la dégustation professionnelle du café est un élément  fondamental dans le système de qualité du produit Jusqu’au début des années 2000, il n’existait en Haïti aucun laboratoire de dégustation de café digne de ce nom avec le matériel nécessaire et le personnel formé à cet effet. Les actions de l’USAID avec le projet HAP et de la BID à travers le projet PACCHA exécuté par l’INCAH a permis de mitiger cette lacune avec 4 laboratoires

L’existence d’un réseau de laboratoire de dégustation à travers les principales zones caféières et au sein de l’INCAH

 

Pourtant, il n’a pas été possible de :

Faire fonctionner normalement tous ces laboratoires après leur installation

De continuer à former les dégustateurs afin qu’ils atteignent un niveau international  

 

Appui à l’investissement au champ

On a beaucoup parlé d’appui à l’investissement au niveau de différents projets ou de mise en place de jardins modèles, RECOCARNO, ICEF et COOPCAB ont proposé mais il n’en a été rien, jusqu’à l’essai réalisé dans le cadre du projet KOREKAFE et baptisé     KOREJADEN

Les planteurs engagés dans ce partenariat, investissent réellement les prêts sur cinq dans le renouvellement de leurs jardins

 

 

 

 

CONCLUSION ET PERSPECTIVES

La filière Café d'Haïti, filière stratégique, pour l'économie et la protection de l'environnement du pays est en crise. Des milliers de familles sont menacées par la famine et des milliers d'enfants abandonnés a leur sort sans les besoins de base. La maladie de la rouille qui sévit depuis tantôt 3 ans et la sècheresse de l'année 2014 ont fortement affectées la production. Des mesures d'urgences doivent être prises pour faciliter la circulation d'argent au niveau des zones touchées par l'intensification de travaux d'établissement de pépinières, de construction de lacs pour emmagasiner le peu d'eau disponible pour la conduite des pépinières, la mise en place de nouvelles plantations; la régénération des caféières susceptibles, le financement de brigades pour une lutte intégrée contre la rouille et les scolytes, la réhabilitation des voies d'accès aux exploitations

A moyen et long terme:

- la mobilisation de fonds pour l'exécution des projets du Plan de Relance et surtout la mise en place et le renforcement d'une structure de recherche viable

- L'accès au crédit a un taux préférentiel pour la conduite des parcelles et la réalisation d'activités créatrice d'emploi et de richesse pour diminuer la pression sur les parcelles.

- Le renforcement Institutionnel de l'INCAH et des structures organisées de la filière.

 

 

 






Lancement du programme KOREKAFE de consolidation de la compétitivité et durabilité des coopératives caféières haitiennes, financé par MARNDR-INCAH, BID, FOMIN, AFD, appui de NESTLE et Fédération Colombienne à hauteur de 2 281 109 euros, et exécuté par AVSF.
Plus d'un million de plantules subventionnées cette année, 15 centres de préparation de café réhabilités et deux (2) nouveaux centres construits. Un effort à apprécier à sa juste valeur.
Sunday the 23rd. Notre vision est de maintenir la compétitivité du café Haïtien sur les marchés mondiaux tout en conservant l’écosystème associé à la culture
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